Fipa d’or pour La bataille de Florange

La bataille de Florange, de Jean-Claude Poirson, suit une poignée d’ouvriers du site des hauts fourneaux dans leur combat contre la direction d’Arcelor Mittal entre 2012 et 2014. Le documentaire est touchant dans son engagement contre « le prédateur financier » mais il dérive parfois dans une lutte beaucoup plus politique. Primé Fipa d’or dans la catégorie grand reportage et investigation, le film est une ode à la fraternité et à la résistance ouvrière.

Début 2012, Arcelor Mittal annonce l’arrêt des hauts fourneaux de Florange, dernière usine d’acier de la vallée de la Lorraine. Au rythme des « mains d’or » de Bernard Lavilliers, chanson composée spécialement pour les ouvriers de l’usine, les syndicalistes mènent toutes les actions possibles pour sauver leurs emplois. La bataille de Florange est leur combat, vu de l’intérieur.

Un engagement fraternel

Entre désespoir et volonté de se battre jusqu’au bout, les ouvriers de Florange se révolteront deux ans durant au gré de slogans tels que « on ne lâche rien » et « l’acier lorrain vivra ». « Il faut se rappeler que quand le conflit a démarré, on était dans une flopée de fermeture d’usine dans lequel il n’y avait aucune résistance. Il y avait une morosité ambiante comme si on ne pouvait rien faire » souligne Jean-Claude Poirson.

Le combat de ce documentaire, c’est aussi celui du réalisateur qui souhaite montrer le conflit. « Je ne considère pas ce film comme un film militant mais comme un film engagé (…) Quand le conflit a démarré, j’ai pensé que c’était quelque chose qui allait donner de l’espoir. » Le réalisateur, qui a lui-même travaillé dans une usine avant de se familiariser avec les caméras, désirait « faire vivre aux spectateurs un conflit de l’intérieur » c’est-à-dire à la fois les échecs et les victoires mais également montrer la fraternité entre les hommes.

Lutte sociale ou politique ?

La lutte est sociale mais elle devient aussi médiatique et politique. Devenu un enjeu majeur de la campagne électorale de 2012, il fut abondamment traité par les journalistes de télévision française. L’inaction de Sarkozy et les promesses de François Hollande lors de son déplacement à l’usine avait accentué le contraste entre les deux hommes.

Pourtant, à la fin du documentaire, le réalisateur, qui jusque-là était resté dans la thématique sociale, a effectué un virement vers le champ politique. Ainsi, le réalisateur soutient à la fin de son documentaire le choix fait par Edouard Martin de devenir député socialiste européen. Lorsque le FN arrive en tête, à 45% à Hayange, la ville voisine de l’usine, l’aspect politique prend le dessus sur l’aspect social. Le groupe de sidérurgistes de Florange est, à juste titre ou non, profondément déçu par ces résultats. Le film se termine sur la phrase « Qui peut dire si demain ils ne mettront pas en péril la démocratie et ils ne nous monteront pas les uns contre les autres ? ». Le combat contre les prédateurs capitalistes, qui était le centre du film, se transforme à regret en un combat politique contre le FN.

La fin est telle qu’on la connait. Les hauts fourneaux de Florange ne crachent aujourd’hui plus leur fumée. Le métal ne sort plus en fusion de la base de leur cheminée. Ils sont éteints depuis avril 2014. Le documentaire est, quant à lui, toujours à la recherche d’un coproducteur.