Vous, les femmes…

Carole Roussopoulos, pionnière de la caméra légère en France

107 créations, 39 réalisatrices. Les chiffres du FIPA n’ont rien d’étonnant. A l’image du cinéma mondial, les hommes sont beaucoup plus représentés que les femmes. Les chiffres montrent des inégalités persistantes. Les propos les nuancent.

Jusque dans les années 1970 et la Nouvelle Vague, la femme était un objet de séduction. Tantôt femme fatale, tantôt vierge effarouchée, elle ne devait sa place qu’à son physique. Des rôles de femmes fortes au métier de réalisatrice, la gente féminine a peu à peu cassé les codes d’un cinéma teinté de machisme. Lorsque l’on parle de réalisatrice, des noms tels que ceux de Maïwenn ou Céline Sciamma résonnent dans nos têtes. Malgré ces figures de proues du mouvement de féminisation, les femmes restent encore trop peu nombreuses derrière la caméra. Le milieu de l’audiovisuel serait-il encore trop masculin ? Pourquoi entend-on encore aujourd’hui qu’une femme n’a pas les épaules pour manager une équipe ? Nous sommes allés chercher les réponses auprès de Nicolas Blanc, producteur à Agat films & Cie et Ex Nihilo, ainsi qu’Emmanuelle Franc (Bela Bartok, l’homme juste ou Le combat des chefs : Bernstein/Karajan) et Lorraine Glatigny (Avoir la foi).

L’égalité des sexes : présente pour Nicolas Blanc

Nicolas Blanc
Nicolas Blanc

Le monde de la production souffre moins de l’inégalité des sexes. Pour Nicolas Blanc, celle-ci ne se reflète pas dans son métier. Pour ce qui est du domaine de la réalisation, il reconnait que les femmes sont encore difficilement acceptées sur un plateau de tournage. Ne privilégiant aucun des deux sexes, lui travaille autant avec les femmes qu’avec les hommes. Il considère que les sujets peuvent tout aussi bien être filmés par les deux sexes. Là où la différence semble exister est dans la manière de filmer. Le producteur analyse le cinéma féminin comme un cinéma plus combatif et à même de « virer les clichés », surtout lorsque le sujet concerne les relations humaines. Il dépeint donc une progression en demi-teinte, bien réelle cependant.

Une inégalité vraie mais pas dérangeante pour les deux femmes

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Emmanuelle Franc

Emmanuelle Franc, réalisatrice spécialisée dans la musique classique, a la voix assurée et le regard perçant. Ayant travaillé auprès des plus grands – Jean Luc Godard pour n’en citer qu’un – elle a toujours fait preuve de ténacité et d’acharnement. En parallèle de ses études de cinéma, elle démarre à 18 ans dans le monde de la narration. Tour à tour « fipette » puis voix pour France Inter, elle a depuis travaillé sans relâche pour être reconnue et respectée. Sa force ? C’est sa sincérité. Elle parle de Tolstoï et de Truffaut, de son ascension aussi, dans un milieu masculin et plutôt conservateur. Les inégalités dans le cinéma, elle les ressent, évidemment. Mais elle ne semble pas y voir un problème, et trouve même des explications. Le cinéma est né de la main d’hommes et par tradition, il persiste dans cette voie. Bien sûr, elle souhaiterait que ces questions ne se posent plus et que les préjugés s’envolent. Comme celui de la gestion d’une équipe. Le documentaire, c’est l’histoire d’une sensibilité qui n’a pas de sexe. Point.

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Lorraine Glatigny

Lorraine Glatigny rejoint Emmanuelle Franc sur ce point. La sensibilité, c’est ce qui fait un bon réalisateur. Mais pour elle, le sexe a un rôle à jouer. Dans les relations sur le plateau d’abord, qui peuvent s’apparenter à de la séduction, mais aussi dans celles créées avec les participants. La femme, pour Lorraine, est plus à même de créer de la sensibilité et de la poésie. Elle ne hiérarchise pas les sexes pour autant. La difficulté d’être acceptée sur un plateau de tournage, elle l’a vécu au Japon, où les femmes ont encore un long chemin pour atteindre l’émancipation. Elle dénonce aussi la situation du cinéma occidental. Sans parler du métier de réalisatrice, elle considère que les voix des femmes ne sont pas encore assez entendues. Elle en a fait un leitmotiv. Filmer des femmes et leur donner la parole, pour rééquilibrer un peu la balance.

Les chiffres étonnent sans doute, mais ne marquent pas les esprits. Il existe bien une inégalité dans la représentation du genre féminin dans le monde de l’audiovisuel. Chacun le concède. Pourtant, ils ne s’en révoltent pas. Ils souhaitent seulement que la féminisation du cinéma suive son cours dans les prochaines années.

Julie Chapman