Marcel Aymé s’offre un coup de jeune

Projeté jeudi soir dans le casino de Biarritz, Le passe-muraille de Dante Desarthe adapté de la nouvelle de Marcel Aymé a ému, autant qu’il a fait rire la salle. S’attaquer à un monument tel que l’œuvre de Marcel Aymé, ce n’était pas gagné d’avance. Surtout que le réalisateur a décidé de l’adapter à notre époque. Pourtant, le souffle est gardé. L’esprit de la nouvelle et sa poésie également.

Émile Dutilleul est un homme transparent. A 46 ans, il est divorcé, sans enfant, et surtout, sans intérêt. Sans humour, ni amis, il mène une vie solitaire au dernier étage d’un immeuble de Montmartre. Depuis sa naissance, il est normal « si tant est qu’on puisse être normal » comme le décrit sa collègue au cours du film. Ancien comptable, il est devenu assureur parce que « c’est plus rock’n’roll ». Sans aucun symptôme apparent, Émile Dutilleul prend du Tetrapyrax depuis 35 ans, des pilules inconnues de tous. Il ne sait même plus pourquoi d’ailleurs. Le jour où Ariane entre dans sa vie, il perd son dernier flacon de médicament en même temps qu’il se découvre un nouveau pouvoir, celui de passer au travers de n’importe quel objet. D’inerte, sa vie devient palpitante, s’équilibrant entre l’amour qu’il porte à sa collègue et ses pertes de contrôles qui le poussent à voler.

Balade onirique

Cette nouvelle d’une quinzaine de pages, souvent étudiée par les collégiens a déjà traversé des générations de jeunes (et de moins jeunes) lecteurs. Elle a fait rêver des générations entières. L’adaptation n’enlève rien à son terreau originel. Au contraire l’époque actuelle amène une certaine fraicheur à l’histoire. Certains éléments sont ainsi transformés pour mieux coller avec le 21ème siècle. Ce n’est plus au « ministère de l’Enregistrement » mais c’est dans une compagnie d’assurance que travaille Émile. Son ami, peintre de Montmartre, qu’il aime rencontrer autour d’un verre de temps en temps se transforme en son ex-femme, qui essaye par tous les moyens de le caser avec une nouvelle femme.

Mais le film garde les principaux codes de la nouvelle de Marcel Aymé. A commencer par le pouvoir de passer à travers les murs, évidemment. D’autres éléments sont conservés : le patron tyrannique malmené par l’ubiquité incomprise de Dutilleul, le vol compulsif d’objets d’art ou encore un passage en prison. Pour créer malgré tout la surprise, l’équipe du film s’est amusée avec ces codes, les mélangeant tout au long de l’histoire. Il en ressort une histoire identique, mais à la fois totalement différente, permettant de redécouvrir les situations et les personnages.

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L’équipe du film à la sortie de la projection de jeudi

Une dénonciation de la société moderne

Les répliques sont souvent gaies, parfois tristes. Mais elles sont toujours pleines de finesse. Ainsi, Émile dira de sa mère, atteinte d’Alzheimer : « Ma maman qui oublie tout, oublie même d’être triste ». Touchant, le personnage d’Émile Dutilleul est magnifiquement interprété par Denis Podalydès, acteur de la Comédie Française. Ariane, quant à elle jouée par Marie Dompnière, amène de la spontanéité dans l’histoire. Tout est compliqué dans sa vie et pourtant rien ne semble impossible. La rencontre entre les deux personnages crée une alchimie parfaite entre l’introverti Émile et la généreuse Ariane.

Cette histoire transporte le spectateur tout au long du film. La volonté d’actualiser vient d’ailleurs de ce besoin de Dante Desharte de faire rêver l’assistance. « Je me suis dit qu’à l’époque c’était la post-révolution industrielle, dans lequel l’homme commence à être dépassé. Il se sent tout petit dans le monde industriel et on revit un peu ça avec l’ère numérique qui nous empêche un peu de rêver ».

Le Passe-muraille, produit par les Films du Poisson et coproduit par Arte, concourt au Fipa dans la section Fiction et Drame. Il est de nouveau projeté cet après-midi à 17 heures 15.

Aurélie Franc

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