Alexandra Lamy en mère de famille poignante

Le 22 janvier, Alexandra Lamy découvrait pour la première fois Après moi le bonheur, dernier film de Nicolas Cuche dans lequel elle tient le rôle principal. Le scénario, inspiré d’une histoire vraie, retrace le combat mené par une mère de famille de 37 ans, Marie-Laure Picat, atteinte d’un cancer en phase terminale. Ne pouvant imaginer son mari prendre en charge leurs quatre enfants, elle se lance dans la recherche d’une famille d’accueil pour leur assurer le meilleur avenir possible.

Bouleversante, Alexandra Lamy nous dévoile une femme forte et très seule dans son combat. Les spectateurs oscillent entre rires et larmes tout au long de l’histoire. Touchante à l’écran, comme dans la réalité elle a accepté de nous livrer ses premières impressions sur le film.

Ce soir, vous avez vu le film pour la première fois. Quelles sont vos impressions ?

On ne savait pas comment le film avait été monté et on a tous été agréablement surpris. On est assez fiers du résultat et on espère que quand il sera diffusé, les gens seront heureux de le voir. Je craignais d’avoir parfois trop de pathos mais on a fait attention à rester assez pudiques. On a aussi été très heureux car les enfants de Marie-Laure ont vu le film avant nous et ils ont été très emballés. On a eu un petit retour qui était chouette. Ils ont dit que je leur faisais énormément penser à leur maman alors qu’on n’a rien à voir physiquement. Pour nous, c’était très important.

Du coup, avez-vous rencontré la famille de Marie-Laure ?

Non, on ne l’a pas rencontrée. La maman est maintenant décédée mais il me semble que ses enfants devraient assister à la première du film à Paris.

En parlant d’eux, a-t-il été facile de tourner avec les quatre enfants qui jouent leur rôle ?

Oui, on s’est super bien entendus dès le départ. On est devenus très proches, on a vraiment travaillé tous ensemble. Les enfants étaient superbes et d’ailleurs ça se voit à l’écran. C’était un vrai bonheur de travailler avec eux. Avec toute l’équipe, on a vraiment fait un travail pour être au plus juste, au plus proche sans en faire trop. En plus, Marie-Laure avait de l’humour, elle est restée forte jusqu’au bout, on a essayé de garder ces moments où elle essaye de profiter jusqu’à la fin.

Le rôle que vous jouez est assez pesant psychologiquement. Avez-vous eu du temps pour vous adapter au personnage ?

J’ai beaucoup travaillé avant le tournage pour voir comment je pouvais jouer la douleur sans tomber dans le pathos. Pendant le tournage, l’ambiance était joyeuse, on s’entendait tous très bien. Bizarrement, c’est souvent le cas pour les films dramatiques, sinon cela devient insupportable. Mais effectivement le rôle était quand même lourd, j’étais presque contente de l’arrêter. Même physiquement, on demande à notre corps de souffrir alors qu’il va bien donc c’était difficile. J’étais presque soulagée de sortir de là et de jouer des comédies (rires).

Justement, comment arrivez-vous à passer si aisément d’un rôle comique à un rôle dramatique ?

Je viens du théâtre où j’étais plutôt connue comme une actrice de drame mais à l’écran, avec Un gars, une fille, on m’a donné cette image d’actrice comique. La comédie demande un vrai rythme, de la précision. C’est très difficile et cette précision nous aide dans le drame. Après, il faut se laisser porter, savoir doser l’humour et la tristesse. On se retrouve là-dedans, on s’y prend forcément et on se projette avec les enfants.

N’est-il pas trop difficile de se projeter dans ce rôle quand on est maman ?

Si, vraiment. Moi j’appelais tout le temps ma fille pour lui dire : « tout va bien, ne t’inquiète pas (rires). Arrête de stresser ! ». On se projette obligatoirement. Ce n’est pas toujours évident. Encore une fois, quand ça s’est arrêté j’étais un petit peu soulagée, même si j’ai adoré faire ce tournage. Jouer ça pendant un mois et demi, ça en devient dur même physiquement. Par exemple, je parle vite dans la vie donc j’essayais pour le film de baisser mon rythme, d’être un petit peu essoufflée.

A quel point vous avez pu ajouter votre touche personnelle au personnage de Marie-Laure ?

Je me suis inspirée de Marie-Laure sans vraiment m’en inspirer. J’ai beaucoup regardé ses interviews et ce qui m’a marqué c’est qu’elle était forte. Elle ne semblait finalement même pas vraiment malade, même à la fin. J’ai essayé de garder ça d’elle. Je me suis dit que je n’étais pas Marie-Laure et qu’il fallait que je prenne ce que j’ai vu d’elle, ce que j’ai ressenti d’elle, tout en l’adaptant à moi. Finalement, Marie-Laure, c’est horrible de dire ça, mais cela pourrait être n’importe qui.

IMG_5031.JPG
L’équipe du film a présenté à la gare du midi de Biarritz, Après moi le bonheur

C’est vrai que le personnage de Marie-Laure frappe par sa force…

Ce sont les enfants qui la portent. C’est le plus important pour elle. A un moment donné elle dit : « si on m’enlève mes enfants, alors je m’écroule ». Elle pensait ne plus être là pour l’anniversaire de sa fille et c’est magnifique parce qu’elle y est. Elle est encore là, alors qu’elle aurait dû mourir beaucoup plus tôt, vers la période de Noël. Et pourtant elle tient encore. Elle ne part que quand elle a obtenu tout ce dont les enfants avaient besoin. Je pense que c’est sa force.

On s’attendait à ce que le film se termine sur la mort de Marie-Laure mais finalement elle semble plus joyeuse.

Oui, l’image de fin est super belle. Elle les voit partir. C’est pour ça que j’aime beaucoup le titre, Après moi le bonheur, je trouve qu’il est très beau. Elle se dit qu’elle a réussi à préserver au maximum ses enfants pour qu’ils restent heureux. C’est en ça qu’elle est forte parce qu’elle pense d’abord à ses enfants. Elle est même prête à accepter que qu’ils appellent une autre personne « maman ». Et surtout, là où elle est forte c’est qu’elle refuse de leur mentir. Elle ne veut pas leur laisser d’espoir parce qu’il n’y en a plus. Il vaut mieux leur dire tout de suite la vérité. Je pense qu’elle a bien fait, qu’elle a eu raison de faire ça.

 Propos recueillis par Aurélie Franc et Sarah Duhieu

Publicités