Quand les collages de JR font revivre Ellis Island

JR, vous connaissez ? Ces grandes photographies, en noir et blanc, qui avaient recouvert le Panthéon l’été dernier ?

Et bien JR, c’est l’un des rares artistes de la relation à l’autre. Un photographe de renommée internationale, qui se définit comme un « artiviste urbain ». L’élément central de son œuvre ? Ses collages, qu’il expose dans la rue ou sur les murs du monde entier – des ponts brisés d’Afrique aux frontières du Moyen-Orient ou encore sur les trains des favelas du Brésil – attirant ainsi l’attention de ceux qui ne fréquentent pas si facilement les musées. Véritable artiste du relationnel, il lance d’ailleurs en 2011 un projet d’art participatif, Inside Out, qui permet à chacun, aux quatre coins de la planète, de se faire prendre en photo façon portrait d’identité, la recevoir imprimée en grand format et la coller dans un lieu emblématique. Un moyen d’expression accessible à tous, où les enfants deviennent les artistes, où rien ne sépare les acteurs des spectateurs.

Là, JR revient avec Ellis, un court-métrage qui fait l’ouverture de la sélection Jeune Création du Fipa, où Robert de Niro – son grand ami – incarne un immigré qui souhaite rejoindre les Etats-Unis. Toujours dans la continuité de ses travaux photographiques, l’artiste aborde désormais le thème des migrants qui avaient accosté Ellis Island dans la baie de New York, une île où près 12 millions d’immigrés faisaient escale dès les années 1900 avant d’être fermée en 1954. Une problématique chère à l’artiste, qui nous entraîne avec lui sous la neige de New York, dans les souvenirs de Robert de Niro et de ces millions de migrants, en quête du rêve américain. Une jolie métaphore de l’immigration en somme.

Et pourtant, on déplorait depuis quelques années déjà son revirement de ligne éditoriale. Si les projets qui avaient fait connaître l’artiste avaient la volonté de dénoncer, ses productions plus récentes cachaient une dose non négligeable de démagogie. Le fait d’utiliser la pauvreté des autres pour en faire son business, sa démarche d’entreprise en faisant la publicité d’une cause ou de ces quartiers défavorisés, sans leur reverser la moindre somme d’argent, ou encore sa dernière campagne sur KissKissBangBang pour un projet avec Agnès Varda, alors qu’il lui aurait suffit de claquer des doigts pour se faire financer. A plusieurs reprises, l’artiste tentait d’ailleurs une justification – peu convaincante  : « je fais des œuvres, pas de l’humanitaire ou du social ».

Mais ici, JR renoue avec ses origines dans sa volonté artistique. Le propos est travaillé, très soigné (trop, peut-être ?), la lumière éblouit et ses collages sont utilisés de manière subtile. L’artiste alterne entre des photographies de migrants et une nouvelle utilisation de sa technique, grâce à des images d’archives qui font revivre Ellis Island, qui racontent au spectateur l’histoire de ce lieu si emblématique, désormais à l’abandon. On s’émeut quand De Niro raconte, détaille le quotidien de ces milliers de personnes, se rappelle des médecins qui soignaient les arrivants – puisqu’on s’occupaient des malades, à l’époque-, décrit les vestiaires, les dortoirs, ou encore la vue sur cette grande ville, New York, qu’ils rêvaient d’atteindre, lui et sa femme.

Petite précision cependant, JR a mis toutes les chances de son côté pour cette nouvelle réalisation. Le scénario est écrit par Eric Roth – lauréat d’un oscar du meilleur scénario pour Forrest Gump – la musique, composée par Woodkid, semble avoir été largement inspirée des morçeaux de Nils Frahm, et l’acteur, Robert De Niro, incarne son rôle d’une grande justesse. Chapeau l’artiste !

Alice Froussardle-reve-americain