Ma rencontre avec Margarita

Margarita, racontant son quotidien

Les yeux noircis par le khôl, les lèvres rouges écarlates, Margarita fixe droit dans les yeux la caméra. Assise sur les escaliers qui lui servent de maison, elle raconte d’une voix douce sa vie dans les rues mexicaines. Pour son premier documentaire, Bruno Santamaría filme avec justesse et pudeur le quotidien d’une SDF à Mexico. Il connaissait Margarita depuis son enfance. Mais l’idée du documentaire est venue par la vieille femme. Lors de la fête du jour de l’indépendance de Mexico, les pétards fusaient et apeuraient Margarita. Bruno la fit rentrer et posa sa caméra sur la table, filmant encore. Margarita s’est alors livrée sans retenue. Le documentaire avait commencé.

Margarita, la grâce d’une femme

Pendant 70 minutes, Margarita nous chuchote ses pensées, ses peurs et ses envies. A la fois sage et enfantine, elle évoque tour à tour la police, les hommes ou l’apparence. La beauté, surtout. Évoqué à maintes reprises, le physique est selon Margarita, la propriété des personnes gentilles. Cependant, au fur et à mesure des discussions, Margarita nous montre une autre conception de la beauté.

« Les gens ont une personnalité très belle que leur corps montre mal »

Souligné justement par le réalisateur, le maquillage de Margarita est son armure. Son armure contre la vieillesse, contre les hommes, contre la rue. Endurcie par cette dernière, elle s’évade régulièrement grâce ses souvenirs d’actrice et de chanteuse pour garder une dignité qui lui échappe à chaque regard de passants. Mêlant passé et présent, elle conserve une assurance déconcertante à chaque moment de sa vie.

« Nos dessins seront peut-être un jour réalisés »

Fil rouge de ce documentaire, la peur modèle la relation entre Bruno et la vieille dame. Malgré son aversion pour les hommes, pour la police ou pour la charité, elle tisse une relation de confiance avec le réalisateur. « Je suis moche mais je suis ton amie » dit-elle alors qu’il se met à pleurer. C’est elle d’ailleurs, qui, par un accord tacite avec Bruno, décide des débuts et des fins de sessions. En lui laissant le choix, il lui redonne une place dans le monde et la considère comme son égale.

 

Un regard juste et pudique

Le film dévoile aussi la psychologie de la rue, paradoxale. Lorsqu’il lui propose un logement, elle refuse. Pourtant, son rêve est d’avoir un petit appartement et un emploi de vendeuse.

« Plutôt dormir dans la rue que là où tu veux m’installer »

Le portrait réalisé par Bruno est celui d’une femme à la fois altruiste et en manque de tendresse, que seuls l’alcool et les vitamines arrivent à apaiser. « J’ai quitté ma famille quand j’étais ado » explique-t-elle en un phrase à la fin du film.

Le style brut créé par les tâtonnements de cadrage ou les mises aux points, donne un côté intimiste, amplifié par la proximité des plans. Le spectateur est en conversation avec Margarita, comme si elle était en face de lui. Ils continuent de se voir régulièrement, pour manger des quesadillas ou discuter autour d’un verre de tequila. Sans caméra.

DSC00576
Bruno Santamaria, pendant le débat suivant Margarita

Julie Chapman