La poésie de Lorraine Glatigny

Instant de pause pour Lorraine Glatigny

Un vent de fraîcheur souffle sur Biarritz. Cela vient peut-être du temps, peut être de la jeune réalisatrice, Lorraine Glatigny. Ses documentaires (Avoir la foi), pleins de douceur et de poésie placent l’humain au centre de notre quotidien. Convaincue de la richesse de l’homme, elle souhaite effacer, le temps d’un reportage, la dureté de notre environnement. Portrait d’une passionnée qui sent bon le tabac à pipe.

« C’est d’apporter la paix, la sérénité et l’amour pour que le spectateur sorte grandi dans son cœur et dans son âme ».

Sa conception altruiste la pousse sans cesse à se mettre à l’écoute des gens. Elle décrit alors un bon réalisateur comme une personne capable de se rendre invisible, de se mettre au service du sujet. Il lui est arrivé d’arrêter sa caméra, l’espace de quelques heures pour préserver la dignité des personnes qu’elle filme. Aux antipodes du buzz et du voyeurisme, elle met en image la poésie des hommes. Etre touchée par un sujet ? C’est le point de départ de ses reportages. Les doutes, elle les assument, et en fait même une force. Pour elle, un tournage sans questionnement ne peut pas donner un bon documentaire. Ce sont ces aléas de l’instant qui donnent à son travail un supplément d’âme.

Le reportage devient alors un expérience de vie où l’imprévisible surgit à chaque instant.  La magie aussi. Elle se souvient d’un instant qu’elle a vécu aux Philippines. Éveillée à cinq heures du matin pour filmer un lever du soleil, elle prend le risque de se placer face à ce dernier. Aux antipodes des codes de la photographie, sa décision risque de rendre l’image inutilisable en raison d’une trop grande luminosité. Qu’importe, elle tente. « C’était fabuleux parce que tout est devenu blanc », me raconte-elle.  Cet instant de grâce, elle s’en rappelle parfaitement. Elle se rappelle du monteur, qui, surpris, lui demande ce qu’est cette séquence. Mais elle se rappelle surtout de sa réponse : « C’est Dieu. C’est ça la magie du truc. » Le moment est devenu un instant unique, « invisible » selon elle.