“I belong to no man”

Seymour Dorothy Fleming s’enfuyant avec son amant, le capitaine George Bisset, dans sa robe rouge et avec une lueur déterminée dans le regard : telles sont les premières images de The Scandalous Lady W. Le film, créé par David Eldridge et réalisé par Sheree Folkson, s’est inspiré de Lady Worsley’s Whim, écrit par l’historienne Hallie Rubenhold. Cet ouvrage et son adaptation télévisée, sont basés sur l’histoire de lady Worsley, une jeune aristocrate, surtout connue pour le scandale sexuel dont elle a fait l’objet.

Un scandale sexuel au XVIIIe siècle

En 1781, elle prend la fuite avec son amant pour échapper à son mari, Sir Richard Worsley, adepte de jeux sexuels pervers. Ce dernier, décide d’intenter un procès au capitaine Bisset pour exiger des réparations, 20 000 pounds, pour les dommages causés à ses biens, c’est-à-dire sa femme, lady Worsley.

Le film nous plonge dans un univers malsain de plus en plus complexe. On découvre, notamment lors du procès, les travers de son époux. Celui-ci, en évoquant le devoir d’obéissance de sa femme, la forçait à entretenir des relations avec ses connaissances, qu’il épiait ensuite par le trou de la serrure.

Les relations sont ambigues entre les personnages, ce que la réalisatrice met en scène brillamment notamment au travers des jeux de regards entre lady Worsley et son mari. Tout est mis au service de l’intrigue : les couleurs qui évoluent en même temps que le personnage, la musique qui sert l’action à merveille et les prises de vue, qui nous emportent dans une succession de tableaux.

Lady Worsley, une femme de caractère

 

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Sheree Folkson

The Scandalous Lady W, c’est surtout le portrait d’une femme pleine de courage, jouée à la perfection par Natalie Dormer (Game of Thrones, Les Tudors). Sheree Folkson, présente durant la projection de son film au Fipa, explique son intérêt pour ce sujet  par son attrait pour l’histoire des femmes : « Je suis toujours choquée par ce que les femmes ont traversé». Elle est rejointe sur ce point de vue par Hallie Rubenhold, dont l’intérêt d’historienne s’est accru au fur et à mesure de ses recherches sur cette riche noble « très audacieuse dans ses vues ».

Lady Worsley n’est pas une femme parfaite. On est choqué lorsqu’elle part sans sa fille au début du film et surtout sa naïveté peut parfois exaspérer. Pourtant, tout au long du film elle gagne son indépendance, finissant même par affirmer: « I belong to no man » (je n’appartiens à aucun homme).

Une adaptation réaliste ?

La force de caractère de Seymour a aussi été mise en avant quand celle-ci décide, contre toutes attentes, d’assister au procès de son amant. Cependant, Sheree Folkson admet qu’ « à l’époque, elle n’aurait jamais pu être dans la salle du procès. Certains éléments ont été modifiés pour la télévision ».

La question d’une adaptation conforme à la réalité est toujours problématique. Pourtant, interrogé sur la difficulté de scénariser un drame historique, David Eldridge affirme que « c’est une histoire comme les autres, avec les mêmes problèmes. Ce n’est pas vraiment plus difficile ». Il faut comprendre que la production audiovisuelle obéit à des règles qui ne sont parfois pas compatibles avec un respect strict de la réalité historique. Sheree Folkson ajoute que l’on « peut toujours prendre des libertés, surtout si les faits sont datés. Le choix a été fait de se concentrer sur le procès donc certains éléments n’ont pas été précisés ou ont été changés ».

Finalement, cette œuvre convainc car la collaboration entre l’auteure et le scénariste a été particulièrement importante et fructueuse. Selon Hallie Rubenhold, qui a souhaité apporter cette précision, « David Eldridge et moi avons travaillé ensemble depuis le début. Nous avons travaillé sur comment dramatiser les faits tout en étant le plus fidèle possible ». Le plus important étant de conserver l’esprit et de retranscrire une époque.

Sur ce point et sur de nombreux autres, The Scandalous Lady W est une réussite.

Laura Andrieu

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