«Être journaliste n’est pas un métier»

Après avoir présenté la matinale de 7 à 10h vendredi, Bruce Toussaint a quitté le plateau d’i>Télé pour se diriger vers Biarritz. Objectif : présenter la cérémonie de clôture de l’édition 2016 du Fipa. Le  journaliste répond à nos questions et nous donne son point de vue sur l’année à venir.

Vous venez pour la cérémonie de clôture du Fipa, un mot sur le festival ?

Ça fait des années que je viens, je crois que c’est la neuvième année de suite. Je n’ai pas pu voir de films encore malheureusement mais je vais m’y atteler dès cette après-midi et essayer de voir des choses d’ici à dimanche.

Vous présentez aujourd’hui la matinale sur i>télé, par quel chemin y êtes-vous parvenu ?

Je suis autodidacte, j’ai appris sur le tas comme on dit. Aujourd’hui c’est impossible d’y parvenir sans école bien qu’il puisse toujours y avoir des exceptions. Mais c’est difficile. Moi j’ai eu beaucoup de chance, d’avoir des stages et je suis rentré comme ça. Du coup j’étais très jeune, ça peut être un handicap d’ailleurs car c’est mieux de faire des études de 3-4 ans après le bac pour pouvoir se forger un bagage.

Le profil des jeunes qui débutent dans le journalisme a-t-il changé aujourd’hui ?

Ça fait quand même un moment maintenant [que le profil a évolué]. Déjà à mon époque, il y a une vingtaine d’années, c’était courant de passer par une école. J’utilise souvent la même image pour qualifier la manière d’accéder à ce métier : il y a l’autoroute qui est l’école mais vous pouvez aussi prendre une route nationale, départementale, y aller par la mer, par les airs, sous terre…Chacun construit son chemin et sa route pour devenir journaliste. Je conseille quand même l’autoroute qui est le plus pratique et le plus sécurisé mais je connais des gens qui sont devenus journalistes après avoir été prof. Il n’y a pas de profil type, c’est ce qui fait la richesse de ce métier.

Sur quels formats journalistiques préférez-vous travailler ?

J’ai eu la chance de faire plein de choses différentes. Le journalisme devrait se nourrir de nombreuses expériences. L’idéal pour un journaliste c’est de pouvoir faire un jour de la presse écrite, de la radio, de la télé, du net etc…J’ai pas de préférence car pour moi tout ça se nourrit  : ce que j’ai fait à la radio m’a aidé après pour la télévision, ce que j’ai fait à la télé m’a aussi aidé pour la suite…Le problème c’est que j’ai été à de nombreuses reprises à la frontière entre le journalisme et ce qu’on peut appeler du divertissement mais moi j’ai toujours voulu faire ça en tant que journaliste car pour moi être journaliste c’est être curieux, s’intéresser à tout et avoir une façon de penser particulière.

Que pensez-vous de l’évolution du mode de traitement de l’information ?

Il y a une multiplication des médias aujourd’hui. Il y a encore  15-20 ans, il y avait le journal de 20h, le quotidien qu’on achète et la radio si je dois simplifier au maximum. Un compte tweeter aujourd’hui est un média et moi je trouve ça formidable surtout quand on est journaliste.

Bientôt une chaîne d’information en continu publique?

J’en sais pas trop sur ce projet sinon que ça va probablement arriver à l’automne. Moi je vois juste d’où je suis [à i>télé] qu’il y a une soif pour l’info en continu donc pourquoi pas. Ça crée une concurrence c’est vrai donc ça crée une inquiétude pour les chaines qui sont déjà existantes mais après tout, encore une fois, pourquoi pas.

Pourquoi on parle de « Bfmisation » des chaines publiques et pas « d’Itélésation » ?

Pour deux raisons. La première c’est que Bfm est un leader, la chaîne a une position dominante et une avance très nette en audience sur i>télé. Peut-être aussi que Bfm a eu plus de stabilité dans sa gestion alors qu’a i>télé, il y a eu beaucoup de patrons différents depuis 15 ans que la chaîne existe. Donc je pense que ça tient à ça tout simplement. Après c’est pas ce côté qu’on envie le plus, on peut parfois être jaloux des moyens [de Bfm] mais certainement pas de l’image.

Quelles sont vos prévisions pour 2016 ? Quels temps forts ?

Je ne sais pas trop, c’est très difficile. Je vais dire des banalités mais évidemment une grosse séquence politique. Après, j’ai le sentiment que l’année va encore être marquée malheureusement par le terrorisme, on est entrés dans une nouvelle ère, une nouvelle phase où ces choses-là vont se répéter. C’est d’ailleurs une source d’inquiétude.

Est-ce que l’année 2015 aura changé radicalement les choses avec les attentats? Comment l’avez-vous ressenti dans les rédactions ?

Cela nous a amené sur des terrains qu’on avait complètement délaissé et ça nous a mis face à une réalité et à des situations difficiles à gérer…C’est dans ce sens que ça a été dur pour nous, on n’était pas forcément préparé à ça. L’opinion s’est pris ça dans la tronche…nous aussi.

En tant que consommateur d’informations, que préférez-vous lire, écouter, regarder ?

Je consomme beaucoup les chaines d’information évidemment. Ma première source d’information aujourd’hui c’est tweeter. Je suis abonné à peu près à 400 comptes, je suis beaucoup de médias mais aussi des journalistes directement parce que ça permet de voir comment eux travaillent et quelles informations ils peuvent avoir. Il y a pleins d’informations que les journalistes ont mais qu’ils ne mettent pas forcément dans leurs papiers, leurs articles ou leurs reportages. Tweeter est pour moi une grande source d’information, ce qui me permet d’avoir un œil sur ce qui se passe ailleurs, c’est vraiment quelque-chose qui permet d’avoir un flux d’infos permanent. D’ailleurs ça crée une sorte d’addiction dont il est difficile de se séparer. Sinon je lis beaucoup la presse aussi et j’écoute beaucoup la radio. Honnêtement quand vous faites une tranche d’informations comme moi le matin, c’est très difficile de décrocher, vous ne pouvez pas lâcher l’affaire, même pas le week-end parce que quand vous revenez à l’antenne le lundi il faut que vous soyez parfaitement au courant de ce qui s’est passé.

Le journalisme, plus qu’un métier ?

Moi je ne considère pas ça comme un métier mais comme une passion, j’ai jamais l’impression d’aller travailler mais après attention ce n’est pas toujours génial, il y a des déceptions, des trahisons, pleins de choses… Le matin il y a une solidarité d’équipe parce que c’est très dur de se lever, donc souvent l’ambiance est bonne dans les équipes de matinale parce qu’il y a une espèce d’entraide comme au rugby même si parfois on connait de petits accrochages.

Avec la concentration des médias aujourd’hui, vous êtes inquiet pour Canal ?

Moi j’ai l’impression que ça a toujours existé, il y a toujours eu très peu de groupes et de médias indépendants mais toujours des médias détenus par des grands groupes. Je n’ai pas d’inquiétude et je reste optimiste là-dessus. Après, effectivement, si je me rends compte un  jour que je ne peux pas exercer mon métier convenablement ça me posera un problème car je reste attaché aux principes déontologiques de ce métier.

Au final, pourquoi avoir fait du journalisme ?

C’est très difficile de savoir parce que ça remonte à mon adolescence, c’est plus dans mon inconscient que dans mon conscient. C’est né de l’amour des médias, j’ai aimé très jeune écouter la radio et regarder la télé puis à 13 ans je me suis rapidement intéressé aux JT donc petit à petit je me suis intéressé à ça et très vite je me suis dit « c’est très bien à regarder mais ça doit être très bien à faire ». Ce que je trouve génial dans ce métier c’est deux choses : vous êtes aux premières loges de l’actualité. Quel que soit votre niveau de hiérarchie vous êtes en prise directe avec l’actu donc c’est passionnant. Vous n’êtes pas un acteur de l’actu mais un passeur, un conteur. Je prends l’exemple des attentats à Paris, les journalistes ont eu un rôle très important car on a été un relais entre l’évènement et les gens. Le deuxième truc que je trouve intéressant et qui est l’essence-même de ce métier, c’est l’idée de communiquer. J’aime bien l’idée de passer quelque-chose, on fait passer un sentiment, des émotions. Il y a une espèce de satisfaction personnelle d’avoir servi à quelque-chose. Après, il faut relativiser car les journalistes ne sont pas des politiques mais il y a mille choses à dire sur les points forts de ce métier : chacun cherche son chemin et sa propre satisfaction mais c’est un métier qui se fait avec passion. Moi je ne lâche jamais l’affaire et partout j’ai besoin de savoir ce qui se passe. Mais ça c’est vraiment si c’est l’actu qui vous intéresse car il y a pleins de filières dans le journalisme comme les documentaires pour lesquels le journaliste n’a pas besoin d’être tous les jours dans l’actu mais juste de bien connaitre son sujet et être capable d’en faire une œuvre.

Camille Rioual

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