UnREAL : l’envers de la téléréalité

A la seconde où la salle comble est plongée dans le noir, les conversations laissent place à un silence absolu. Les yeux rivés vers l’écran, les téléspectateurs découvrent avec fascination les premières scènes d’UnREAL, série télévisée américaine créée par Marti Noxon et Sarah Gertrude Shapiro. Le scénario est aguicheur : il promet une plongée dans les coulisses de l’émission de téléréalité Everlasting où Adam Cromwell, jeune et riche héritier, doit trouver sa future épouse parmi une vingtaine de prétendantes. Réalité et illusion s’entremêlent alors avec un réalisme déconcertant à travers le personnage de Rachel, jeune productrice chargée de manipuler les candidats pour provoquer les rebondissements nécessaires au programme.

Depuis la régie, la productrice en chef Quinn King veille au grain. Vénale et autoritaire, elle n’hésite pas à malmener les participantes pour faire grimper la courbe d’audience. Augmentations de salaires pour celles qui se dénudent ou font intervenir la police, interdiction de tout contact avec le monde extérieur même en cas d’urgence, elles sont poussées à bout afin de satisfaire le voyeurisme du public. Pour tenir le téléspectateur en haleine, la production cultive des personnages ultra-stéréotypés, quitte à arranger les scènes au montage : la femme idéale, la cougar, la black extravertie, la transsexuelle et surtout la peste, que les téléspectateurs adorent détester. Quinn dispose pour cela de dossiers contenant les détails les plus intimes et douloureux de la vie privée des candidates, des informations qu’elle utilise pour provoquer larmes, disputes et crises de colère par l’intermédiaire de Rachel.

La jeune productrice est à la fois le personnage le plus intéressant et le plus complexe de la série. Endettée, contrainte de travailler pour Everlasting après avoir failli saccager la saison précédente, Rachel est prisonnière d’un système qu’elle critique tout en y contribuant. Incarnée par une Shiri Appleby touchante, elle devient à la fois l’alliée et la confidente des candidates face à la machine de l’audiovisuel. Mais tiraillée entre sa conscience et le besoin d’argent, elle profitera parfois de cette position privilégiée pour créer des situations que même la détestable Quinn n’aurait osé imaginer.

La série fait basculer notre rapport à la téléréalité en révélant le côté humain des candidates, souvent considérées à tort comme de vulgaires idiotes en quête de notoriété. En présentant les coulisses du programme, UnREAL fait au contraire le portrait de jeunes femmes sensibles manipulées par une production sans scrupules, qui a scénarisé d’avance l’intégralité de la saison.

UnREAL livre une critique acerbe de la téléréalité, qui a envahi nos écrans avec des programmes flirtant parfois avec les limites de la décence. La référence au Bachelor est assumée : Sarah Gertrude Shapiro, cocréatrice de la série, a été productrice de l’émission pendant trois ans. Dégoûtée par le milieu, elle a choisi d’en révéler l’envers du décor. Cette plongée dans l’univers de la production audiovisuelle nous fait découvrir un monde superficiel soumis au diktat de l’argent et tellement malsain qu’on se demande s’il reflète vraiment la réalité.

Forte de son succès, la série UnREAL a d’ores et déjà signé pour une deuxième saison aux Etats-Unis. Le groupe TF1 aurait lui aussi acquis les droits de diffusion pour la France. Nul doute qu’elle saura y rencontrer son public.

Sarah Duhieu