Quand Monsieur tombe enceinte

Scène du film Birthday

Birthday expose en soixante minutes l’accouchement d’Ed, un père de famille. Mais la comédie humoristique du réalisateur londonien Joe Penhall, n’est pas à prendre à la légère. La fiction sobre et percutante, en compétition au Fipa, attaque autant qu’elle fait rire. A l’origine jouée sur la scène de la Royal Court, Birthday a été adapté en film par Michell Roger (Coup de foudre à Notting Hill) et sera diffusé dans l’année sur la chaîne Sky Arts.

« Neuf mois sans bière, c’est inhumain »

Ed est un père de famille, au bord de l’accouchement. Suite à des choix dont nous ignorons les motivations, le couple très moderne joué par Stephen Mangan et Anna Maxwell, a décidé que leur second enfant serait porté par Ed, le père. Birthday ne s’embarrasse pas de la période de la grossesse – même si une vidéo de lancement situe les heures avant le début du travail – et va directement au but : l’accouchement.  On y découvre un père de famille épuisé, paniqué et choqué, portant un ventre démesuré.

« C’est comme ma pire gueule de bois doublée d’une gastro »

Les douleurs des contractions de plus en plus violentes nous font voir un Ed épuisé, épaulé par Lisa, sa femme désemparée. Surveillé par une infirmière blasée et exaspérante, Ed passe par toutes les émotions et situations – il apparaît souvent à quatre pattes. La tension de la scène est subtilement relâchée par des instants burlesques et des répliques cinglantes.

« Toi, tu étais restée sexy… »

La comparaison entre sa grossesse et celle de sa femme, les douleurs et les actes à subir, crée un fil rouge tout au long du film. Le point culminant de cette comparaison reste cependant la scène où, Ed épuisé et sans aucune pitié, rappelle à sa femme son accouchement à grand renfort de sang et d’adjectifs plus vomitifs les uns que les autres.  «C’était comme une attaque de requins » conclut-il. C’est ainsi que, sous couvert d’une comédie burlesque, Joe Penhall pointe du doigt des interrogations plus qu’actuelles.

« C’est plus naturel pour une femme ! »

La comédie dérange autant qu’elle accroche. En faisant d’Ed le porteur de l’enfant, Joe Penhall remet en question tous les acquis de notre société genrée. A mi-chemin entre stéréotypes – « Les hommes peuvent mieux endurer la douleur » et idées nouvelles, Birthday laisse le spectateur perdu. L’identité se mélange à l’acte dans cette « Labour Room 10 » où Ed se justifie sans cesse de sa décision. La volonté de rester homme dans cette situation s’oppose à la position de l’infirmière qui s’énerve de voir ce besoin vital de se différencier sans cesse. Le rôle de parents est aussi question. Dans un schéma classique, rien ne nous étonne moins qu’une mère prenant les décisions concernant sa progéniture. Mais dans ce cas, ou le père est le porteur de l’enfant, pourquoi la décision de la mère primerait-elle sur celle de son mari ? Joe Penhall bouscule ainsi la théorie des genres sans jamais donner une réponse à celle-ci.

 

« Je pense qu’il n’est pas possible pour un homme de supporter ces douleurs »

Pourtant, Joe Penhall n’est pas du tout convaincu d’une grossesse paternelle dans la réalité. « La vision populaire est celle d’un  merveilleux acte d’amour rédempteur – l’accomplissement de toute femme – alors que c’est en réalité comme des montagnes russes, une expérience de vie ou de mort. » Avec Birthday, le scénariste veut casser l’image féérique de l’accouchement. Malgré tout, il conserve certains stéréotypes des genres « Si les hommes étaient enceinte, ce serait le chaos. Ils sont beaucoup trop impulsifs. Les femmes sont beaucoup patientes que les hommes ».

Un sujet plus qu’actuel

Dans un contexte de questionnement au sujet de la PMA (procréation médicalement assistée) ou de GPA (gestation pour autrui), Birthday bouscule les stéréotypes sans jamais s’en détacher complètement. Arnold Schwarzenegger avait tristement déjà incarné ce rôle dans Junior, aux antipodes des choix de Joe Penhall.

Julie Chapman