Et si c’était eux, la nouvelle génération du cinéma ?

En entrant en salle de réunion au Casino Bellevue de Biarritz, un détail nous frappe : cette jeunesse. Celle de ces réalisateurs ; espagnols, libanais, israéliens, autrichiens ou français. Tous sont en compétition pour le Prix Mitrani, qui encourage la nouvelle génération de la création audiovisuelle, récompensant la qualité, l’exigence et l’indépendance des premières œuvres des réalisateurs d’une somme de 5000 euros et d’une diffusion sur France Télévisions. Attentifs, ils écoutent les conseils de Marion Czarny – responsable du programme – et regardent, émerveillés et rêveurs, les vagues qu’on aperçoit derrière la baie vitrée. Ce qui rapproche ces jeunes réalisateurs ? Leur passion. Pour le cinéma, pour l’animation, la danse ou encore les métiers du son. Peu importe leurs parcours, tous racontent une histoire et cherchent à faire partager leur sensibilité du réel, celle qu’ils exaltent dans leurs films.Portrait de ceux qui feront le cinéma de demain.

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Jérémie Sein, réalisateur de Beach Boys, et Cécile Paysant, réalisatrice de Wellington JR

Jérémie Sein, 31 ans, et Cécile Paysant, 26 ans, sortent tout juste de la Fémis. Une véritable institution du cinéma français, créée en 1986 et formant chaque année plus d’une cinquantaine d’élèves à dix métier du cinéma. L’école où sont passés les plus grands, pour ne citer que Sciamma ou Ozon. « A la Fémis, tout est mis à notre disposition. On pourrait y faire un film de A à Z : y’a un côté mini-Hollywood assez rigolo ! », racontent-ils, complices. Un premier coup de pouce non négligeable pour les deux réalisateurs aux parcours différents. Jérémie, lui, vient du théâtre, de la compagnie Les Chimères de Biarritz. Petit, il rêvait d’être comédien. « C’est à l’adolescence que j’ai commencé à vouloir passer de l’autre côté de la caméra ! Perdu pour perdu, j’ai tenté le concours à la limite d’âge », avoue-t-il, sourire en coin, désormais diplômé en Réalisation. « Moi j’étais en Décor », précise Cécile. Après ses études en histoire de l’art, elle rentre à la Fémis et, passionnée de dessin, commence à suivre des cours d’animation en dehors de l’école pour apprendre le stop-motion. Les films qu’ils présentent sont leurs films de fin d’études, Beach Boys, un court-métrage de fiction sur deux surfeurs qui découvrent un requin, et Wellington JR, de la marionnette animée à 12 images par secondes. Râlant un peu avant d’aller poser pour les photos officielles, regardant leur programme de l’après-midi, ils incarnent cette nouvelle génération du cinéma français, celle qui prône un indépendantisme artistique. Les deux réalisateurs reviennent d’ailleurs de trois mois à Rome, en résidence d’écriture, pleins de projets en tête pour la suite.

Arthur Harel, co-réalisateur de Novaciéries et co-directeur-artistique de (LA)HORDE
Arthur Harel, co-réalisateur de Novaciéries et co-directeur-artistique de (LA)HORDE

Arthur Harel, lui, a 25 ans. Cinéaste, ce n’était pas sa vocation. Il se définit plutôt comme quelqu’un qui vient du milieu de l’art contemporain, des arts vivants, et précise qu’il fait seulement de la « mise en scène ». Il travaille les corps et réalise des pièces chorégraphiques pour des propos, peu importe le média qui lui servira. Son court-métrage Novaciéries, une vidéo-danse est le fruit du collectif (LA)HORDE dont il est co-directeur artistique avec Marine Brutti et Jonathan Debrouwer, 31 ans. « C’est assez générationnel cet esprit de collaboration je crois, c’est vraiment ce qu’on essaie de défendre avec le collectif. Ca fait déjà 4 ans qu’on travaille ensemble et j’aime dire que c’est une hétérarchie, une sorte de hiérarchie à plat quoi ! » Ensemble, ils participent à la Biennale Internationale du Design de Saint-Etienne, qui leur laisse carte-blanche pour réaliser un film et une performance avec 15 danseurs du ballet de Montréal, leur première réalisation.« L’idée c’était de leur faire tout désapprendre, trouver une danse qu’ils ne connaissait pas. C’est pour ça qu’on a pensé au jump-style », cette danse hollandaise si particulière des années 1990 qui s’apprend et se diffuse par internet. La performance prend corps et tous se retrouvent aux Pépinières Européennes pour les Jeunes Artistes, à Montreuil. « C’était une rencontre absolument incroyable : les danseurs de Montréal ont rencontrés les jump-stylers et tous ont découvert le film », raconte-t-il, les yeux pétillants. Ne disposant pas encore du réseau d’une école, le tremplin pour Arthur, Marine et Jonathan, ce sont les Pépinières. Une structure qui a pour objectif de professionnaliser les jeunes artistes de tous horizons, de leur permettre de se rencontrer, quel que soit leur parcours. Un vrai coup de pouce pour la suite, et pour leur futures réalisations.

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Adrian Climent Ozores, réalisateur de El Hombre de Hojalata, et Alejo Serra Sanchez, réalisateur de Canon Corto

Les espagnols Alejo Serra Sanchez et Adrian Climent Ozores sortent, eux, de l’école de cinéma de Madrid (ECAM). Quand on leur demande pourquoi ils se sont lancés dans la réalisation, leurs réponses divergent. Alejo, 28 ans, nous raconte cette période de sa vie, après une rupture amoureuse où il regardait au moins deux films par jour. Il étudiait la physique, à l’époque, se lance dans l’audiovisuel du côté plus technique avant d’entrer à l’ECAM.« C’était plutôt un processus, j’avais envie de faire mes films surtout pour m’exprimer », avoue-t-il. Adrian, lui, vient d’une famille où tout le monde fait du cinéma : ses parents sont acteurs, le cousin de sa mère réalisateur, son frère comédien… « Forcément, je ne connaissais que ça » rit-il, un peu gêné. A 22 ans, il vient d’être diplômé et compte bien prendre son temps. Il nous parle longuement de ses influences, de ceux qui l’ont inspiré dans son cinéma : Kubrick surtout, Coppola, les grands classiques, beaucoup de westerns et un peu de cinéma asiatique. « Ma principale préoccupation, c’est de continuer à vivre de l’audiovisuel, de mes films. Et c’est déjà beaucoup, surtout en Espagne…», se désole Alejo. Tous deux ont plein de projets, des idées. Mais leur principal credo ? Leur passion.

Alice Froussard