Comment choisir une bonne série ?

La séance de meet-up « Fiction et Drama » a commencé à 14 heures précises mercredi, dans l’espace très select’ de la Fipa industry. Six auteurs de séries cherchaient des financements pour leur projet. Ils disposaient de quelques dizaines de minutes seulement pour convaincre les producteurs présents dans la salle, sur le principe d’un speed-dating. Feeling ? Financement ? Ou concept ? Comment les chaînes choisissent-elles les séries qui passeront les prochaines années ?

Debout devant un parterre d’auteurs et de producteurs, Sylvie Bailly, micro à la main, auteur de S001, se lance. Elle n’a qu’une minute pour se présenter une première fois, avant de passer de table en table, pour vendre son projet. Ancienne comédienne, elle n’a aucun mal à captiver le public avec sa voix rocailleuse et envoûtante. Elle raconte l’histoire de Marie-Lucie Louvois, qui, en 1974, se voit offrir une place comme sténodactylo en Belgique. En pleine période de la Guerre Froide, trahison d’État, infiltration, et ton décalé, rythment son discours bien rôdé. Dans la salle, Isabelle Huige, chargée de programme à l’unité fiction d’Arte France en coproduction, l’écoute, prenant des notes de temps en temps. A la fin de la session, la productrice avait sélectionné trois projets de séries, dont celui de Sylvie Bailly.

Plaire au public

Pour que la série plaise, « il faut qu’il y ait un thème qui soit assez universel. Il faut ensuite rechercher des sous-thèmes qui génèrent de l’empathie » explique Sylvie Bailly. C’est comme cela qu’elle a construit sa série. L’histoire de la Secrétaire 001 est celle de l’émancipation d’une femme dans une famille bourgeoise. Mais la série joue aussi sur son côté décalé. « En Belgique, rien n’est sérieux. La vérité est juste une comédie » sourit l’auteure. Grâce à cela, tous les producteurs présents dans la salle se sont montrés intéressés à des niveaux différents, sauf celui de la RAIL, la chaîne italienne. « Ils ont une obligation par rapport au public. Il faut que le projet impacte l’italien, » en mettant en scène des personnages italiens par exemple.

Cette situation n’est pas propre à l’Italie. Si selon Isabelle, «ce qui compte c’est le concept, la rencontre avec les auteurs », elle considère aussi que « la Guerre Froide vue du point de vue belge, même si je leur ai dit d’envoyer les épisodes, je ne suis pas persuadée que ça soit pour un public français et allemand la meilleure façon de capter l’attention ». Un série belge, pas de problème. Mais il faut vérifier que cela corresponde aussi à ce qu’attend le public. Isabelle précise tout de même qu’elle attendra de recevoir les scripts pour se faire une idée définitive car « des fois c’est très bon sur le papier mais en vrai ce n’est pas super. Et des fois c’est l’inverse ».

Les obstacles de la diffusion

Au-delà de cette difficulté de convenir à un public particulier, deux problèmes majeurs se posent : la question du financement des séries et celle de la place accordée à la fiction par la télévision. Selon Isabelle Huige, « pour une fiction, aujourd’hui c’est plus cher qu’il y a cinq ou dix ans ». La crise a sévi à la fois sur les financements des productions et sur le prix des séries. Sylvie Bailly ressent aussi le poids du manque de financement. Mais pour elle, ce qui manque le plus, c’est principalement le manque de place pour les séries dans la télévision. « En France c’est très compliqué de trouver une chaîne parce que tout d’abord, il y en a peu. Les heures de fictions ne sont pas extensives. »

Une fois sélectionnés par une chaine de télévision pour une production, ou dans ce cas une coproduction, les auteurs doivent envoyer des scripts et le pilote de la série. Isabelle Huige estime qu’on ne se fait pas une idée d’une série sur ces quelques minutes. Cela permet en revanche d’écarter des séries qui ne correspondent pas à la conception de la chaîne. Pour Arte par exemple, il faut que la série puisse parler à la fois à un public français et allemand.

Isabelle Huige recevra les scripts dans quelques jours. Pour Sylvie Bailly, l’exercice continue. Mais elle n’est pas anxieuse. Elle a déjà récolté la majorité de ses financements et les 20% qui lui manquent actuellement ne menacent pas directement son projet. Écrite et bientôt tournée, cette nouvelle série fera -t-elle son entrée sur Arte à la rentrée ? Affaire à suivre….

Aurélie Franc