A young patriot : la Chine à travers les yeux de Zhao

Le parti communiste chinois aurait-il créé la Chine ? C’est en tout cas ce que pense Zhao Chantong, un jeune chinois qui se promène dans les rues, avec son drapeau, en chantant des hymnes communistes. Avec A young patriot, le réalisateur et scénariste Du Haibin s’attaque à la question du patriotisme chez les jeunes générations chinoises, nées après les évènements de Tian’anmen en 1989.

 

Le patriotisme des jeunes générations chinoises

Son documentaire propose de suivre Zhao sur cinq années.  Ce fervent défenseur de Mao, du parti communiste chinois et de sa patrie, évolue tout au long du film. Il représente les paradoxes des jeunes générations chinoises qui sont mues par une vénération du communisme à l’époque de la Révolution culturelle, même s’ils ne l’ont pas connue. Cela est couplé avec un fort nationalisme, ce qui peut paraître paradoxal et contradictoire bien que l’histoire ait démontré le contraire.

Du Haibin nous propose une fresque humaine d’un personnage plein de contradictions mais qui en devient attachant.  Zhao ne vient pas d’une famille aisée, il semble avoir été quelque peu oublié par le miracle économique chinois, ce dont il se rendra compte plus tard. Cependant, il est plein d’enthousiasme à l’égard de son  pays qui est, au début du film, symbolisé par le parti. Il intègre l’université pour réaliser son rêve de lycéen de devenir militaire. Du Haibin nous montre comment Zhao est finalement victime d’une propagande incessante, veillant à raviver le mythe de Mao. Le réalisateur nous laisse penser que son personnage est aveuglé par l’amour qu’il porte à son pays, ce qui est exploité par les dirigeants chinois.

 

Le réveil de Zhao

Pourtant, Zhao commence à changer : il quitte l’association de propagande de son université, arrête d’aller aux grands spectacles patriotiques et critique les cadres du parti. Il dénonce, notamment, leur manque d’investissement dans l’éducation.  Les scènes tournées dans un petit village chinois, où l’on voit Zhao en tant que professeur volontaire, sont édifiantes.  L’émotion est au rendez-vous et la critique est à peine camouflée.

Finalement, la prise de conscience du protagoniste est totale avec la démolition de la maison de ses grands-parents, où il a grandi. Il s’insurge contre la corruption du parti et évoque le non-respect des droits de l’homme en Chine. Il critique, également, le mirage économique chinois en précisant que le PIB, fondé sur la pollution et la corruption, ne reflète qu’une richesse apparente de la Chine et masque la réalité.

 

Un documentaire presque parfait

La portée de l’œuvre de Du Haibin peut cependant être nuancée selon Yé Mo, 27 ans, étudiant à l’INA. Ce dernier regrette que le documentaire ne reflète pas toutes les générations car le réalisateur ne dépeint la situation « que » de jeunes habitants issus des provinces chinoises. Selon lui, ce portrait ne pourrait pas s’appliquer aux grandes villes : « je suis de la même génération que le protagoniste mais je ne me reconnais pas dans ce personnage ».

Il est aussi vrai qu’au niveau technique, le documentaire n’est pas exempt de critiques. Jiayin, 37 ans, professeur d’audiovisuel, a constaté des problèmes de montage, surtout au début du film : « sur l’ensemble c’est plutôt bien mais quand même, il y a des problèmes avec quelques séquences ». Il est parfois difficile de s’y retrouver car les transitions ne sont pas toujours claires.

Malgré ces petites notes critiques, il me semble que, dans l’ensemble, A young patriot nous fait voyager et nous plonge dans le quotidien d’un jeune homme pour lequel on finit par éprouver de l’empathie.  Même si l’on ne partage pas nécessairement ses idées.  Jiayin ajoute que Du Haibin a bien su représenter «  le nationalisme en Chine », qui est très présent. A voir donc, pour comprendre un peu mieux certains aspects d’une puissance montante.

Laura Andrieu

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