Un champion du monde à Biarritz

Un t-shirt Toad et un micro. Figure principale du film Beatbox, Boom Bap autour du monde de Pascal Tessaud, Mael Gayaux aka Alem répond tout sourire aux demandes d’autographes et de photos. Sa performance spectaculaire sur la scène du théâtre de La Gare du Midi a enchanté toute la salle à la fin de la projection. L’occasion de découvrir une discipline du hip-hop consistant à faire de sa bouche un véritable instrument de musique aux sonorités uniques. Aussi impressionnant qu’énergique. Le beatboxer français de 23 ans, sacré champion du monde en solo et en duo de Human Beatbox à Berlin en mai dernier nous a fait part de ses impressions sur le film. Ça parle beatbox, passion et battle.

Pierre : Depuis quand es-tu beatboxer ?

Alem : Depuis bientôt dix ans maintenant parce que j’ai commencé en quatrième. Dix ans de beatbox dis donc… Incroyable.

P : Qu’est-ce que ça fait de se voir à l’écran ?

A : Ça fait vraiment drôle… J’avais pas vu les images avant ce soir ! Je suis super content, c’est un sacré évènement ! Pour moi, c’est une date qui va devenir importante parce que c’est la première fois que je me vois en scène comme ça, diffusé. C’est incroyable.

P : Combien de temps l’équipe du film t’a suivi ?

A : Pascal (Tessaud ndlr) a travaillé trois ans sur le film. Il a tourné des images du championnat de France à Lyon en 2013 jusqu’au championnat du monde en 2015.  Les interviews ont été faites quinze jours avant le mondial pour moi. Et je le ressens vachement à l’écran. Je suis au taquet, on voit que je suis déterminé. J’étais en pleine  préparation psychologique. J’avais vraiment envie de gagner !

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Alem

P : Que peut changer ce film sur un art encore peu médiatisé ?

A : C’est la première fois que je vois un film sur le beatbox ! Ça donne une super image parce que je pense que la plupart des gens n’avaient jamais entendu de beatbox et le découvre ce soir. C’est incroyable comme ça le valorise ! Et je suis super content que ça parle des valeurs du hip-hop parce que là, c’est bien mis en avant, c’est un super film !

C’est vrai que souvent on voit du beatbox sur M6, c’est pas terrible, tout le monde rigole et le lendemain tout le monde te dit « eh t’as vu le mec sur M6 ? ».  Du coup, on a une image du beatbox où c’est encore un peu « pouet pouet » avec la bouche et avec un film comme ça même moi je prends une claque ! C’est une discipline de fou ! En plus, Pascal (Tessaud ndlr) a réussi à avoir les papas du beatbox !! Il m’appelle et me dit « J’ai réussi à avoir Rahzel et Kenny Muhammad. ». Ce sont mes idoles, j’ai réussi à les voir qu’une fois dans ma vie.

P : Qu’est ce que tu as fait depuis le mondial en mai ?

A : C’est allé super vite ! J’ai fait un peu le tour du monde, j’avais jamais fait ça. Les seuls pays étrangers où j’étais allé c’était la Belgique, la Suisse. C’est à côté. Alors que là je suis allé en Chine, en Malaisie, en Indonésie, à Singapour, je suis allé à New york, je suis retourné en Indonésie…  C’est un truc de fou ! Tout ça pour juger les championnats et chaque champion de chaque pays représentera sa nation au mondial. En quelques mois c’est hallucinant, mes parents ne comprennent rien du tout.

Lou : Qu’est ce que le « French Power » qui revient souvent dans le film ?

A : En fait, la France a toujours eu un gros niveau après les Etats-Unis parce que ça a démarré là-bas. Je pourrais pas l’expliquer. Du coup, on faisait un peu les malins et puis on disait « French Power quoi ! ». C’est la puissance, c’est tout, c’est un peu resté ! Moi je l’ai jamais dit en battle (joute entre deux beatboxers cherchant à dépasser l’autre de par l’originalité, leur musicalité et leur présence scénique ndlr). Y’a un jury et j’ai jamais voulu montrer que j’allais être gagnant… En fait en battle t’as deux cas différents, t’as l’attaque et la défense. Moi ce que j’aime bien c’est que mon adversaire m’attaque pour me faire passer pour un défenseur. Du coup, on a envie de m’écouter, de voir ce que je peux répondre, comment je vais réagir. Mais si tu commences à faire le mec prétentieux, à dire « French Power » et tout, l’autre a les armes en mains pour se défendre. Je ne voulais pas ça.

« French Power » ça vient de là. On est content, c’est pour taquiner un peu les autres pays mais les américains arrivent de plus en plus en force.

P : Comment prépares-tu tes battles ?

A : C’est un boulot d’un an et demi ! C’est comme si t’écrivais un morceau je pense. Je me dis : « Qu’est ce que je fais au début ? Quelle transition ? ». Un mois passe, je réécoute et j’essaie de l’améliorer. Après je connais tout par cœur.

P : Donc ça ne dépend pas de l’adversaire ?

A : On ne peut pas faire deux fois la même chose. Donc je prépare huit rounds (huit « morceaux » différents ndlr) au total sur toute la compétition. Et après je les choisis en fonction de mes adversaires. C’est des stratégies.  C’est un gros boulot de préparation qui m’a bien aidé. En 2012, j’étais en freestyle, je suis quand même arrivé en finale mais c’était fini pour moi. Le mec était trop fort. Cette expérience m’a permis de mieux me préparer pour cette année. J’ai lu pas mal de trucs sur les sportifs, en boxe, en natation… J’ai même parlé à des coachs parce qu’il il fallait me préparer mentalement. C’est plus du sport que du beatbox après.

Lou : Tu mélanges un peu tous les arts du hip-hop ? Parce qu’à un moment c’était un peu dansé.

A : J’le visualise. Tous les mercredis après-midis en salle ! Il faut s’accepter, se voir dans un miroir en train de faire ça. Moi je suis pas danseur et le but c’était pas d’amener des mouvements de danse. On a laissé tomber ça. C’est juste une énergie, marcher, regarder les gens, être là, suivre l’adversaire. (en mimant la chorégraphie) Il fallait vraiment faire ce boulot et ça rend vraiment bien à l’écran ! En plus c’est beau, il a mis le dernier round en entier et je suis trop content de ce round !

P : Et quels sont tes objectifs maintenant ?

A : Maintenant je profite, et j’ai envie de voir plein de beatboxers partout ! J’ai envie de transmettre, de montrer comment se préparer à un championnat du monde. J’ai plein d’objectifs différents. C’est que du bonheur !! On est bien maintenant, c’est génial !

P : Un petit beatbox pour conclure ?

A : Ouais carrément !

 

 

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Un public multigénérationnel  conquis par le beatbox

 

Propos recueillis par Alice, Lou & Pierre

 

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