Tame Iti, défenseur des droits maori

Le défenseur des tribus Tuhoe, Taeme Iti

Le clown de la Couronne

« Bienvenue au spectacle du cirque de la Couronne, dont je suis le clown ». Le ton est donné dès la première minute du film de Kim Webby, The Price of Peace, première projection de la catégorie grand reportage du festival. Ces paroles, prononcées par l’activiste néo-zélandais Tame Iti, dénoncent l’intolérance du gouvernement néozélandais vis-à-vis des peuples maori, et tout particulièrement du peuple Tuhoe.

Un homme fier rêvant de coexistence

Tame Iti fait partie de ces hommes et femmes qui n’hésitent pas à exhiber fièrement leur appartenance à une culture ancestrale pour mieux la défendre et la transmettre, notamment par son tatouage traditionnel sur le visage, et sa volonté de s’exprimer le plus possible en langue maori dans le film. Ce dessein semble éclairé, mais pas aux yeux du gouvernement qui se méfie des revendications d’autodétermination de ce peuple.

« Il faut changer le coeur et l’esprit des néozélandais »

Tame Iti rêve d’une reconnaissance des cultures multiples du pays. Mais cette ambition a été brisée net le 15 octobre 2007, lorsque la police est descendue dans son village pour arrêter dix-huit habitants, accusés de onze motifs, dont détention d’arme, incendie, et sabotage de transports.

De l’accusation à la réconciliation

L’accent est mis sur le jugement de quatre d’entre eux, dont Tame Iti : tous plaident non-coupables, l’un d’eux rétorquant même « c’est vous qui êtes coupables ». Après un long procès, tous ont été condamnés. Tame Uti a écopé de la lourde peine de deux ans de prison, mais a été relâché au bout de neuf mois pour bonne conduite et a poursuivi son combat pacifiquement, mais fermement. Ses efforts ont été récompensés en 2014, lorsque Chris Finlayson, ministre néozélandais en charge des négociations avec les populations maori s’est excusé au nom de la Couronne vis-à-vis du peuple Tuhoe, et s’est engagé à respecter les droits de ce peuple lors d’une cérémonie où se mêlaient traditions et modernité, costard-cravate et tenues traditionnelles, émotions camouflées et chants communicatifs.

Une réconciliation exemplaire

Cette réconciliation publique est un acte d’humilité de la part d’un gouvernement, ce qui est particulièrement rare. Le discours de Chris Finlayson surprend positivement et fait ressurgir un peu d’humanité dans un système gouvernemental intangible, comme le témoigne l’un des juges du procès.

« il y a deux mondes, mais une loi »

Un retour positif du public

La projection a été particulièrement appréciée par le public, qui se sent globalement solidaire des Tuhoe. Une spectatrice qui l’a trouvée «extrêmement intéressante », met l’accent sur la médiatisation d’un tel reportage : « Je souhaiterais surtout que le film soit acheté par les télévisions françaises pour que tout le monde puisse le voir ».

Lucie Rivière