L’homme qui voulait détruire le secret bancaire

Les excès de la finance mondiale ont donné naissance aux « whistleblowers », plus connus sous le nom de « lanceurs d’alerte ». Ces chevaliers blancs dénoncent les agissements de leurs employeurs en transmettant les preuves du délit à des organisations internationales ou des Etats.

Hervé Falciani, qui a subtilisé les fichiers clients de la banque HSBC Suisse et les a remis à la France fin 2008, est l’un des plus populaires. Mais c’est à un autre lanceur d’alerte que s’est intéressé le jeune réalisateur belge David Leloup pour son premier film, L’homme qui voulait détruire le secret bancaire, présenté au Fipa mercredi 20 janvier.

Le Zurichois Rudolf Elmer n’a pas la gouaille d’Hervé Falciani. Mais il a été le premier à dévoiler les données bancaires de l’établissement où il a travaillé pendant plus de 20 ans, Julius Baer, en livrant à Wikileaks et son fondateur, Julian Assange, des fichiers confidentiels. Publiés en 2008, ces documents dévoilent pour la première fois la stratégie offshore de la banque helvétique, c’est-à-dire la manière dont elle dissimule aux yeux du fisc les avoirs de ses clients dans des trusts basés notamment aux îles Caïmans, où il a exercé.

Le documentaire vise à décrypter le système mondial de fraude fiscale au travers du parcours de Rudolf Elmer, qui a été honni par ses pairs après ce que les Suisses considèrent comme une « trahison ». Malheureusement, le portrait n’est pas à la hauteur de son sujet. La caméra du Belge ne parvient pas à restituer toute la complexité du personnage, par ailleurs très controversé. Les plans sont répétitifs et le discours du Zurichois assez caricatural. Les conditions de tournage, décrites comme complexes par David Leloup suite à la projection, sont peut-être à l’origine de cette faiblesse.

On devine également que le réalisateur s’est confronté à des problèmes de budget – le tournage a duré 7 ans alors qu’il n’en prévoyait que deux. Les images de Rudolf Elmer, que l’on voit beaucoup en famille, sont assez mornes et n’apportent pas d’éléments saillants sur le basculement du Suisse, passé en quelques jours du banquier fidèle au traître de toute une profession. Les autres interviews (journaliste du Guardian, Julian Assange) ne sont pas assez nombreuses et au final, le rythme du documentaire semble quelque peu empâté.

Le plus intéressant reste sans doute, au final, la manière décontractée avec laquelle le Belge s’attaque à la Suisse, accusée de protéger ses institutions bancaires et dénoncée pour sa violence à l’égard de Rudolf Elmer, victime d’un véritable harcèlement psychologique. Les médias helvétiques ne sont pas non plus épargnés : le réalisateur insiste sur leur connivence avec les milieux bancaires: l’hebdomadaire Cash, qui détenait les données depuis 2005, ne les avait pas traitées.

Depuis cette date, d’autres journaux helvétiques ont cependant largement abordé le destin de Rudolf Elmer. En janvier 2015, l’ex-banquier a été condamné à une amende à Zurich notamment pour violation du secret bancaire. Au total, il aura passé 188 jours en détention préventive.

Marie Maurisse