Un cercueil pour le spectateur

L'expérience Famous Deaths de Camille

Comment la stimulation de tous les sens peut changer notre perception du récit? Famous Deaths, le projet des néerlandais Marcel Van Brakel et Frederik Duerinck, propose de faire revivre les derniers instants de JFK ou de Kadhafi à travers une installation composée de caissons mortuaires dans lesquels on est invité à s’allonger. Isolé du monde extérieur, on est immergé dans un documentaire sonore et olfactif de 4 minutes. Les mains moites et la boule au ventre, je décide de me prêter au jeu et d’entrer dans ce couloir de la mort virtuel…

Dans la peau de Kennedy

C’était un jour d’automne à Dallas, il faisait beau et doux quand le président Kennedy défilait dans sa voiture présidentielle décapotée avant de faire assassiner. Si de nombreux films et documentaires ont retracé cet épisode de la manière la plus réaliste possible, l’expérience de Famous Deaths nous montre à quel point la stimulation de l’ouï et l’odorat nous rapproche de plus en plus de la réalité du moment. Le caisson mortuaire m’ouvre sa porte mais c’est à reculons que je m’y engouffre ; l’impression d’aller à la morgue me fait peur alors que dehors, le soleil est radieux…

Je m’allonge sur la planche en métal qui se faufile doucement à l’intérieur de cette « boite », la porte se ferme et je me retrouve dans un noir absolu. Je décide alors de fermer les yeux et de me laisser guider par l’expérience. Tout commence par une impression de vent frais sur mes tempes et je sens rapidement l’odeur des feuilles mortes et de l’herbe coupée qui rappelle l’automne. En revanche, je n’ai pas réussi à sentir le parfum de Jaquie Kennedy et l’odeur de la poudre après le coup de feu, comme on me l’avait annoncé. Au niveau sonore, on ressent bien l’impression d’une foule qui acclame son président avec des musiques et des applaudissements. Soudain, tout est calme et apaisé et seul le chant des oiseaux font écho…PAN, ça y est le coup de feu est tiré, l’expérience est terminée.

Whitney Houston et Lady Di

Les objets virtuels nous rapproche de plus en plus de la vie réelle aujourd’hui et c’est dans ce sens que s’axent les études de Marcel Van Brakel et Frederik Duerinck. Une fois sortie du caisson mortuaire, j’ai la chance de croiser les créateurs qui me parlent alors plus amplement de leur projet. Quelle place pour l’odorat dans la narration ? C’est ce qu’ils se sont demandé au cours de leurs recherches « sense in communication » dans lesquelles ils ont développé 22 ou 23 concepts sur la narration olfactive. Pour eux, la stimulation des cinq sens permet de susciter plus d’émotions chez le spectateur et fait de la narration une véritable expérience vécue.

Outre la mort de JFK et de Kadhafi, ils ont aussi étudié celles de Whitney Houston et Lady Di. Mais l’expérience olfactive des histoires ne passe pas que par la mort, elle a sa place dans bien des récits. Leur prochain projet « be boy, be girl » a pour objectif de plonger le visiteur dans une ambiance bien plus gaie en le projettant sur une plage à Hawaï en stimulant tous ses sens. Bientôt, nos canapés se transformeront peut-être en caissons de cette sorte…

Camille Rioual