Humans of Biarritz

Rosy, Christophe, James ou encore Jean-Claude travaillent à Biarritz. Nous sommes allés à la rencontre de ces personnages , qui nous ont parlé du Fipa et de cinéma.

Cela fait 15 ans que Christophe, 43 ans est le barman de la brasserie le Royalty, au centre de Biarritz. Même s’il ne réside pas sur place, son cœur appartient à la ville et à ses habitants. « Les meilleurs clients, ce sont les habitués du matin, eux, ils connaissent bien Biarritz ». Attentif à la moindre de leur demande, il veut entretenir sa clientèle chic, qui fréquente parfois les cinémas. Il l’avoue lui-même, le cinéma, il aime ça à petites doses à condition que ça ne soit pas trop « prise de tête ». Tout comme, il a su apprendre à ne rien attendre du Fipa. Essentiellement jeune, du moins peu fortunée, la clientèle du Fipa n’est pas celle du Royalty.

DSC00283Clémence, 32 ans est libraire depuis 10 ans. Comme elle le dit, un large sourire barrant son visage, elle en a vu passer des Fipa. Passionnée de cinéma, elle accueille chaque année avec joie le festival. « C’est bien que ce soit à Biarritz, ça change de Paris et ça fait découvrir notre ville ! » Pour elle, le Fipa redynamise la ville qui à ses yeux se met en retraite à la basse saison. Passionnée de cinéma français, elle a fréquenté le Fipa pendant de longues années. Aujourd’hui maman, elle se concentre sur sa vie de famille mais n’exclue pas d’y retourner dans quelques années. « Il est encore jeune, mais pourquoi pas l’emmener au FIPA plus tard ? »

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Assises sur un banc devant le Royal, Lola, 18 ans et Amaya, 20 ans attendent la projection d’un film réalisé par l’école d’art l’ESA des Rocailles. L’une encore au lycée, l’autre en plein concours, les deux filles sont passionnées d’art. Plutôt attirées par le dessin, elles aimeraient intégrer l’école artistique. « Ouais, on adore, mais bon, on aime aussi voir des films américains ». Lola et Amaya sont fans de cinéma. Du français, de l’américain, qu’importe. Elles regrettent seulement de ne pas pouvoir avoir assez d’argent. Le Fipa, elles l’ont connu par le lycée. « C’était LA sortie de l’année, pour les profs hein, pas pour nous ». Pour elles, le FIPA c’est avant tout un « truc d’adulte » avec des films un peu « hipster ».

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Jean-Claude, 58 ans, un nœud papillon rouge autour du cou, sert ses deux derniers cocktails à deux businessmen avant de me parler. Gérant du bar du Plaza depuis 30 ans, il aime Biarritz comme sa ville natale. Habitué à une clientèle huppée, il aime ses moments de proximité, et distribuer des petits mots à chacun. « Le cinéma, c’est bien sympa, mais quand on est à Biarritz, c’est mieux d’être dehors ». Le FIPA, il n’y a jamais mis les pieds, il le vit plutôt au travers des célébrités et membres de l’organisation qui logent à l’hôtel. Dans l’ambiance feutrée de son hôtel, sous doux rire à une
énième blague d’un de ses clients ponctue avec classe et sobriété cette interview.

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Accoudés à la portière du taxi de Christophe, Rémi et André discutent de cinéma. Christophe, 54 ans, est celui qui a le plus de bouteille. Après 14 ans de taxi, il dit ne plus se rappeler des kilomètres parcourus. Rémi et André quant à eux, sillonnent les rues de Biarritz depuis moins de 5 ans.  Habitués à une clientèle touristique, le bagou qui les anime retourne rapidement les questions. Lorsque le FIPA fut abordé, des sourires illuminèrent leurs visages. Le FIPA est pour eux une source de revenu non négligeable. Quant aux célébrités, il semble qu’un secret professionnel est instauré. « Ah oui, bien sûr qu’on en a rencontré, et pas que pendant le FIPA. Mais c’est secret confidentiel ». Rémi est un grand fan de cinéma et de « navets ». Il attend ainsi le prochain Les Tuches, et est allé voir Les huit salopards, pas plus tard qu’il y a une semaine. Le FIPA, il n’a pas encore osé y mettre les pieds. Après quelques éclats de rires en discutant des derniers films, Christophe reçoit un appel qui clôtura cette interview.

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La pluie n’a pas empêché James, 18 ans, de venir se mettre à l’eau. Ce jeune étudiant en comptabilité à Bayonne est venu lundi après-midi retrouver la plage qu’il fréquente depuis son plus jeune âge. Le Fipa, il l’a découvert alors qu’il était au collège. « On était allé voir quelques films avec ma classe en 4ème. J’avais bien aimé, c’est sympa d’avoir ça ici ». Depuis, il n’y est pas retourné. Car comme beaucoup de jeunes Biarrots, James préfère monter sur sa planche que fréquenter les salles obscures. Et quand on lui demande si c’est bien raisonnable d’affronter les vagues par ces températures, il répond simplement, affublé d’un grand sourire : « elle est fraîche mais ça va ! ». Il faudra attendre un hiver plus rigoureux pour qu’il se décide à rejoindre l’intérieur du festival qui débute de l’autre côté du sable. Ou peut-être une édition future, qui mette à l’honneur la wax, les vagues et la glisse.

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Entourée de deux amies à la terrasse du Royalty, Alda, 59 ans, allume sa cigarette. « Vous voulez un scoop ? À l’époque, on aurait pu avoir le Festival de Cannes ici, à Biarritz. Mais le maire a refusé, il a eu peur que ce soit une véritable « chienlit » ». A 59 ans, cette négociante en art n’a pas la langue dans sa poche. Et tant mieux. Derrière ses lunettes teintées, on devine des yeux aussi rieurs que sa voix pourtant enfumée. Comme ses amies, Alda a la classe d’une femme de spectacle. Et pour cause : ex agent artistique, elle connaît bien ce monde. « En France, on a trop tendance à choisir la facilité, c’est-à-dire adapter ce qui marche à l’étranger. Mais justement ça ne marche pas toujours. La série Broadchurch, par exemple, qu’on a essayé de reproduire en Corse, c’est une catastrophe ! Je ne parle même pas de la téléréalité… », déplore-t-elle. Le Fipa est un évènement qu’elle aime, justement, pour son ouverture. Elle le fréquentait il y a quelques années, et regrette aujourd’hui de ne plus avoir le temps d’y aller. Elle n’en garde pas moins son esprit critique et pointe un paradoxe. « Le Fipa, c’est super, ça permet de confronter les cultures, d’ouvrir sur le monde. Mais l’audiovisuel, ça reste aussi un petit milieu qui tourne parfois un peu en rond. Il faudrait que ce soit plus accessible. »

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Christophe a quitté Paris pour le Pays basque il y a 20 ans. Sa terre d’adoption, il l’aime plus que tout. « Cette terre, c’est chez moi. Je suis venu chercher la paix ici, et je l’ai trouvée. Ils sont tous fous là-haut ! », dit-il en s’amusant. Il mène ici, comme il aime à le rappeler, une vie simple, entre sa poissonnerie des Halles et sa maison dans les terres. Il observe Biarritz et ses paillettes de loin, même s’il a toujours servi avec grand plaisir les stars comme Mylène Farmer, Jacques Martin ou Laetitia Hallyday. Avec le Fipa aussi, sa relation est simple. « Je sais que ça arrive une fois par an, mais pas plus. Ça fait partie du rayonnement du Pays basque, au même titre que les fêtes de Bayonne ou celles du piment d’Espelette. J’ai quelques références comme Les Nuits Fauves, mais je ne m’y connais pas trop, j’ai d’autres intérêts. » Critique envers l’overdose que peut produire la télévision, il n’en oublie pas moins ses bénéfices. « C’est un moment d’évasion. Les gens vont au boulots, par plaisir ou par contrainte d’ailleurs, et la télé c’est un peu le paradis américain. Et puis ça permet de se tenir informé aussi ». Ne pensez pas que Christophe se croie au-dessus du lot, bien au contraire. Il nous raconte alors, plein d’autodérision, qu’il peut se trouver plusieurs fois devant le même épisode de Dr House et ne s’en rendre compte qu’à la fin. La télé, pour lui, c’est surtout un son qui le berce lors de sa sieste quotidienne. « En fin de compte, c’est surtout elle qui me regarde », conclue-t-il d’un sourire malicieux.

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Rosy, coiffeuse, 62 ans, ne va pas au Fipa. Elle n’en pense pas de mal, mais n’y a jamais mis les pieds. Que les autres s’y rendent, très bien, que le festival attire, tant mieux – ça n’est simplement pas son truc. Quand on lui demande si elle aime  le cinéma, elle est directe et sincère : elle ne boude pas un bon film quand elle en voit un, mais son attention est ailleurs. Elle aime le chant, et ça se sent : c’est un vrai sourire qui se lit au fond de ses yeux quand elle évoque la chorale, ou ses années comme animatrice de karaoké. Elle laisse son balai contre le comptoir pour une minute et fredonne quelques mesures d’Amazing Grace – le morceau qu’elle prépare en ce moment pour le Conservatoire. Plus que le titre, les notes sont familières. Rozy s’amuse « Ca doit vouloir dire que je ne chante pas trop mal ». Elle est fière de montrer, près d’un sèche-cheveux et d’une petite collection de peignes, une photo d’elle aux côtés d’Alain Delon. Une touche personnelle dans son salon de coiffure pour hommes. Un clin d’oeil, au moins, à la star qui a croisé un jour le chemin de cette biarote d’origine. Le cinéma n’est jamais loin.