Des crampons, des papiers, une famille

L’Afro Napoli United n’est pas une équipe de foot comme les autres. Résultat d’un combat de tous les instants et d’un métissage réussi, elle est la première équipe de migrants d’Italie. Constitué majoritairement de joueurs immigrés ou de jeunes nés en Italie sans la nationalité, ce club illustre à lui seul l’intégration par le ballon rond. Une histoire touchante que raconte Pierfrancesco Li Donni dans son documentaire Loro di Napoli.

   « L’or de Naples » 

Après six mois de tournage « de recherche » et d’immersion en douceur, P. Li Donni et Matteo Gherardini, monteur, ont pu suivre pendant deux saisons l’Afro Napoli United. Des pérégrinations administratives du président Antonio jusqu’à leur victoire en championnat de troisième niveau national, équivalent de la sixième division, premier étage du professionnalisme.
A travers Lello, capitaine apatride de l’équipe, Adam, gardien de but et barman, ainsi que Maxim qui a quitté la guerre en espérant percer dans le football italien, le public découvre cet univers napolitain particulier. Leurs matchs, leurs vestiaires, leur vie.
Grâce à la situation géographique particulière de Naples, où les couches les plus pauvres de la population sont voisines des populations migrantes, l’intérêt pour ce club prend tout son sens d’après le réalisateur. Ces joueurs, étrangers, loin de leur famille et brillants par leur détermination, constituent « l’or de Naples ». Comme le laisse deviner le titre, Leur de Naples littéralement en français, qui joue avec L’oro di Napoli, film italien de 1954.

Se battre à tout prix

Mais cet or a un prix. Si les joueurs se battent sur le terrain, le président a dû jouer des coudes dans les plus hautes sphères. Le film débute dans les gratte-ciels napolitains. Une verticalité métallique, grise, gardienne d’une bureaucratie froide, implacable, déconnectée du rectangle vert. Antonio est à l’origine du projet en 2009, après une carrière dans diverses organisations sociales et est sensibilisé aux problématiques migratoires.
Il doit alors trouver un permis de séjour, un justificatif de domicile, de naissance et parfois même aider à dégoter un logement à ses joueurs… Tout cela avant le début du championnat, véritable course contre la montre administrative. Cette détermination à toute épreuve, cette rage il la communique à ses joueurs comme un apprentissage de vie. Quitte à faire résonner les vestiaires dans un italien virulent.
Car la tentation est grande pour ces jeunes immigrés, parfois sans-papiers, de céder aux sirènes de l’argent facile et de la délinquance. Adam, gardien de but remplaçant, est soutenu, d’un côté, par sa mère pour trouver un travail et de l’autre, par Antonio qui le protège des dérives de la rue. L’équipe ou les joints, ce sera l’équipe.

           Intégrer une famille

Vrai père de substitution, Antonio comble un vide laissé par une famille trop absente. A l’exception d’Adam, tous les joueurs sont éloignés de leur famille. Lello, sans identité officielle, ne peut rejoindre sa copine et son fils à Paris tandis que Maxim se contente d’une relation épistolaire avec sa mère, espérant à terme pouvoir lui payer son billet d’avion depuis l’Afrique.
L’enjeu n’est alors plus seulement de pouvoir participer au championnat mais d’intégrer un collectif, une famille, une patrie. C’est en cela que Loro di Napoli est véritablement un « film d’intégration ». Une intégration réussie, consacrée par une finale victorieuse et une montée en deuxième niveau national. Des buts, des fumigènes dans les tribunes, et une émotion immense. Antonio saute dans les bras de ses joueurs, ils ont réussi. Ensemble. Son rêve est de devenir le deuxième club de la ville, derrière le fameux SSC Napoli. A eux de continuer à se battre.

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Pierfrancesco Li Donni, réalisateur du film et Matteo Gherardini, monteur.

Pierre E.