Derrière la porte

Une porte, deux passants, un désert. L’affiche de l’édition 2016  est simple – épurée, même. Sous un ciel monochrome, deux hommes aux vêtements sombres traversent le cadre vide. L’horizon poussiéreux s’étend sans relief, jusqu’à la ligne bleue des montagnes. L’ensemble est irréel et un peu lunaire : ça pourrait être n’importe où, ça a surtout l’air de n’être nulle part. Le porte rouge vif  coupe le bleu du décor avec une chaleur douce qui rappelle certaines toiles de Miro. Abandonnée là, à dessein sans doute, la porte de bois peinte coiffée de projecteurs attend sans impatience ceux qui auront l’audace de traverser.

« C’était avant tout un choix esthétique »

Pour la direction du FIPA, la photo d’Andrew Quilty est surtout une belle image. Frappante par des lignes et des couleurs qui retiennent l’oeil du spectateur. Poétique, parce qu’elle évoque l’ouverture et l’étrangeté, l’appel vers un ailleurs invisible –  pas si éloigné, en définitive, de la vocation première du FIPA.  La porte rouge nous invite à voyager ; à diriger notre regard vers des mondes inconnus. A sa mesure, le festival, lui aussi, dévoile, éclaire, suggère ; raconte d’enquêtes en histoires un autre envers du réel.

C’est d’une série américaine, et non des côtes espagnoles qu’est tiré le cliché de Quilty. Capturé à Black Rock pendant la folie du Burning Man, la photo témoigne avec une beauté calme de l’étrangeté radicale du festival. Réunion de hippies et de marginaux, de visiteurs curieux et d’aventuriers des temps modernes, il nie pour quelques semaines ce qui prévaut partout ailleurs : l’argent, le temps, les constructions rigides et les structures, l’inhibition et la méfiance. D’un havre temporaire au fin fond du Nevada, l’artiste australien construit un témoignage qui flirte avec le rêve. Espérons que la programmation nous transporte elle aussi.

 Joséphine Duteuil

Crédits photo : Andrew Quilty