Dans la tête de ceux qui font la guerre

Ce mercredi matin à Biarritz, les spectateurs de la Gare du Midi ont pris le train pour le Donbass, au cœur du conflit qui sévit depuis fin 2014 au sud-est de l’Ukraine. Le Choix d’Oleg est un documentaire exceptionnel qui décrypte la psychologie de ceux qui s’engagent pour une guerre qui n’est pas la leur.

3 juin 2015. Oleg, chef de bataillon, prépare ses hommes à partir au front pour un affrontement d’une nuit. Un tiers d’entre eux ne reviendront pas. Oleg le sentait. « Je sais que certains vont mourir là-bas », avait-il confessé quelques minutes avant de partir pour la bataille. Lui en est revenu, « par miracle ». Mais il supporte de moins en moins la responsabilité d’une guerre qui n’est pas la sienne.

Des idéaux illusoires

Max est plus jeune. « J’essaie de régler mes problèmes avec ma copine, le reste je m’en fous », annonce-t-il d’emblée. Son visage angélique affiche un regard désabusé, presque fantomatique. Une beauté gâchée par la désillusion d’une réalité qui ne correspond pas aux idéaux vendus par la propagande russe.

« Qu’est-ce que je fous là ? », cette phrase revient comme un leitmotiv tout au long du documentaire. A mesure que les mères pleurent leur fils mort au combat, les jeunes soldats perdent leurs illusions. Le romantisme guerrier vendu par le patriotisme russe se confronte à une réalité brutale, et laisse finalement place aux interrogations et à l’amertume.

Une justesse implacable

Là se trouve toute la force du travail des réalisateurs Elena Volochine et James Keogh. Les deux journalistes ont su, par une démarche d’immersion hors du commun, faire exprimer aux soldats amateurs les sentiments et réflexions que leur rôle interdit normalement de manifester. Pas de commentaires superflus, la narration est laissée aux acteurs eux-mêmes. Des images brutes qui témoignent, sans aucun voyeurisme, de l’âpreté d’une guerre sans cause.

Première réalisation de ses deux auteurs, Le Choix d’Oleg est un modèle d’authenticité dont la justesse pourrait bien être récompensée samedi soir.

Pierre Rateau

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