Les passions de Marie Denarnaud

Marie Denarnaud en plein break bien mérité

Marie Denarnaud, comédienne et jury du FIPA 2016, nous livre ses ressentis et sa vision du cinéma aujourd’hui. A la fois amoureuse et révoltée, elle dépeint le tableau d’une télévision en pleine mutation. Accro au cinéma, elle l’est depuis longtemps. Cinéphile affirmée, elle ne néglige pas l’importance de la télévision et souhaite qu’elle soit plus le reflet d’une réalité intense et humaine.

 

 

 

Je veux témoigner de la société dans laquelle je suis, j’ai envie de transmettre la parole d’auteurs.

Julie : Comment choisissez-vous un rôle ?

Marie : A priori, c’est rarement nous qui choisissons. En général, soit c’est le réalisateur qui pense à vous, soit vous êtes dans une sélection de candidats. Les chaînes, les producteurs rentrent beaucoup en jeu. Il faut donc convaincre. C’est plus ou moins compliqué selon les projets ou les parcours. Il y a des familles dans le cinéma (ndlr. des genres de cinéma) en France. Si on fait partie d’une famille, il va y avoir des évidences et on va rester dans cette famille-là. C’est très difficile d’être transversal aujourd’hui, de ne pas rester dans une même famille. C’est beaucoup plus intéressant d’être transversal, on change nos habitudes. Plus on se diversifie, plus on s’enrichit. C’est une vision plus anglo-saxonne que française. Il y a autant de réponses que d’acteurs. Je fais ce métier parce que je veux témoigner de la société dans laquelle je suis, j’ai envie de transmettre la parole d’auteurs.

Comment fait-on pour s’imprégner d’un rôle ?

Je dirais qu’il faut être empathique, sensible et curieux. S’imprégner d’un rôle, c’est s’identifier au rôle, voir ce qui va nous toucher ou au contraire nous amuser. Il faut trouver ce que le personnage a en commun avec nous, et ce qu’on peut lui apporter. Comme c’est ma peau, mon corps qui l’incarne, il faut savoir ce qu’on peut apporter comme plus-value au personnage. C’est vraiment un travail de générosité où le don de soi est aussi important que l’effacement de soi.

Ça fait longtemps que l’on a compris que l’humain n’est ni tout noir ou tout blanc.

Ce serait possible pour vous, de faire un rôle aux antipodes de vos valeurs ?

Bien sûr, parce que je vais y aller en tant que critique. Il faut que les gens voient cet être humain-là. L’humanité est très ambigüe. Plus je peux apporter de l’humanité à un personnage qui ne le serait pas, plus ça m’intéresse. Ça fait longtemps que l’on a compris que l’humain n’est ni tout noir ou tout blanc.

Combien de temps vous faut-il pour vous mettre dans la peau d’un personnage ?

Ça dépend vraiment des projets. J’adore travailler en amont. Plus on travaille en amont, plus on est libre sur le plateau. Au théâtre, c’est différent. Les répétitions sont le gros plus du théâtre. On construit des choses ensemble pour mieux se libérer derrière. Il n’y a pas de bonnes manières d’appréhender un rôle. Travailler dans la précipitation peut aussi apporter de bonnes choses. Pour moi, le plaisir est dans la construction.

Il n’y a pas de mauvais acteurs, il n’y a que des mauvais choix.

Pour vous, c’est quoi un bon acteur ?

C’est quand le sens du film fonctionne et que les gens sont touchés. Vous pouvez prendre quelqu’un qui n’a jamais joué de sa vie et qui va être extraordinaire sur un personnage parce que c’était celle couleur-là que le réalisateur cherchait. C’est d’avoir été bien choisi. Je crois que c’est plutôt une symbiose. Il y a une oeuvre et nous, on est au service de cette oeuvre. Je pense qu’il faut être dans l’abandon. Les mauvais acteurs ce sont les gens qui contrôlent, qui veulent tout maîtriser. Mais c’est souvent de la faute du réalisateur si l’acteur est mauvais, soit parce qu’il l’aura mal choisi, soit parce qu’il n’aura pas su le faire travailler. Dans un sens, il n’y a pas de mauvais acteurs, il n’y a que des mauvais choix.

Est-ce que c’est dur de faire un choix en tant que juge ?

C’est plus une question de frustration. La qualité est époustouflante, on a accès à la crème de la crème. Mais je pense qu’il y a aussi des évidences. Les jurés ont bien été choisis parce qu’on a des sensibilités en commun. Je suis très cinéphile à la base, c’est très important pour moi de voir ce qu’il se passe, ce qui se fait, ce qui se créé. Il faut que ce soit quelque chose qui me donne de l’ambition, qui me fait pousser des ailes. Ce plaisir est plus important que la frustration. C’est enrichissant et hyper stimulant d’être jury. Je suis quelqu’un d’assez émotionnel. Mais c’est possible que ce soit le coeur qui l’emporte à la fin.

Vous étiez déjà venue au FIPA ?

Jamais. Je connaissais son existence, j’ai toujours trouvé ça intéressant. Je suis très heureuse d’y être. Il y a vraiment quelque chose d’intelligent… et qu’on ne vienne pas nous dire qu’il n’y a pas de bonne télévision ! Ça me révolte de voir les différents documentaires qui existent et de voir les choix des directeurs de chaînes de télévisions, qui ne sont au final, eux, pas à la hauteur vis-à-vis de ce qui est proposé. C’est ça qui me révolte. Mais ils sont en train de bouger. Ils n’ont plus les moyens d’être médiocres parce qu’il y a tellement de bonnes télévisions internationales. Ça ne va plus pouvoir exister Joséphine Ange Gardien. C’est une belle période pour la télé.

Si vous deviez avoir un réalisateur préféré, qui serait-il ?

Il y en a plein ! Plutôt du cinéma français car je trouve ça plus intéressant. Pierre Schoeller, Laurent Cantet… Il y a pleins de gens qui sont très inspirants. Jean-Xavier de Lestrade… Il y a pleins de gens qui convergent vers un cinéma singulier, fort, riche, varié, qui contrebalance une médiocratie ambiante qui prend malgré tout trop de place. Je voudrais citer des femmes, Patricia Mazuy, Audrey Estrougo, Claire Denis, Léa Fehner pour Qu’un seul tienne et les autres suivront. Il y a pleins de gens, il faut juste travailler avec eux.

Julie Chapman

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